À la gare – Partie 3/3

Dernière partie de ce qui s’est passé à la gare de Bruxelles Centrale durant 120 minutes.

Il est 21h47, il y a une fille blonde qui s’approche de moi, elle me regarde et puis regarde derrière moi pour sourire à une amie. “Aahh, je suis trop contente de te revoir, je sors de la coiffeuse” dit-elle à son amie. Je ne savais pas que les coiffeurs travaillaient si tard en semaine. C’est bientôt Noël, les coiffeurs vont avoir plus de travail que d’habitude. Je n’aime pas la cérémonie des cadeaux. Ça m’énerve, sérieusement. Il faut trouver un cadeau aux autres et souhaiter ses vœux même si on s’en fiche. Les deux filles à côté de moi continuent de parler entre elles. J’entends des mots comme trash, salope, heuu, trop trop cool, c’est quoi ce truc, oue, oue, oue, ah c’est cool ça, oue oue, tranquille, je l’ai vu sur Insta, dingue!

Parfois, j’ai l’impression que je ne suis plus dans le coup. Les jeunes de vingt ans me vouvoient. Je n’aime pas quand on me vouvoie. En fait, ça dépend qui. Non, je n’aime pas. Ces deux filles sont maintenant justes derrière moi et deux autres amis les ont rejointes. Ah, ils viennent de partir. J’entends encore quelques mots comme bonne soirée bitch. Je ne suis définitivement plus dans le coup.

Il y a un type qui descend les escaliers avec un violon dans une pochette sur son dos. Et un autre qui descend avec son vélo sous le bras. Je crois que j’ai faim, mais je n’ai pas encore mangé. Comment peut-on “croire” si on a faim? On le sait normalement. On a faim ou on n’a pas faim.

Ce soir, j’étais dans un workshop organisé par un ami qui est parti vivre en Suisse. Ce soir, il est revenu à Bruxelles pour ce workshop. J’ai du mal à écrire ces lignes, car il y a une blonde qui vient de passer devant moi et qui a attiré mon attention de manière impressionnante. Je n’ai même pas vu son visage et elle portait une veste large. Elle est partie. Le workshop n’était vraiment pas terrible. C’est dur de dire à quelqu’un qui est heureux avec des étoiles dans les yeux, que son workshop était vraiment dégueulasse. J’espère qu’il ne lira pas ce texte. Et puis tant pis s’il le lit. À force de vouloir plaire à tout le monde, on ne plaît à personne, n’est-ce pas? De toute manière, c’est mon texte. J’entends encore ce violon horrible.

(Pause car je suis en train de manger)

Il est 22h29, je viens de me faire éjecter de chez Starbucks, car ils sont en train de fermer. À côté de moi, il y a un couple qui est en train de s’embrasser de manière non élégante et très fougueuse. Je regarde la fille, elle me regarde en embrassant son copain. Son copain ouvre les yeux en la regardant, toujours en l’embrassant puis il me regarde aussi. C’était très bizarre.

Donc je me dirige vers la salle d’attente des passagers. Mais je vois qu’elle est remplie de gens qui sentent très fort et qui ont une allure non élégante. Alors, je ne rentre pas dans la salle et je commence à marcher pour passer le temps. Puis je m’arrête et je prends une gorgée de ma gourde. Je continue à écrire sur le clavier digital et je commence à avoir de plus en plus froid aux mains. J’aimerais mettre les gants, mais ça signifie que je ne pourrais plus écrire. Quel dilemme. Vous avez remarqué que j’ai pris un temps de pause pour manger. J’avais pris dans une boite cinq cents grammes de pâtes, cent grammes de flocons d’avoine, quarante grammes de noix et un œuf. Depuis huit mois, je calcule tout ce que je mange. La plupart du temps, comme je mange souvent la même chose, je n’ai plus besoin de peser, mais tout de même. Cela fait huit mois que je fais de la musculation. J’adore ça. Dans une semaine, on fera le bilan avec mon coach. J’ai hâte. J’aime me regarder dans le miroir. je crois que je suis un peu narcissique. Je m’aime.

Le froid commence à percer mes doigts. Mon clavier digital ne répond plus très bien. Je crois que je vais m’arrêter ici. Pourtant, j’ai encore une chose à raconter. Il se passe quelque chose dans cette salle d’attente.

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