Crime et châtiment – Dostoïevski

Meurtre, violence, alcool, pauvreté, prostitution, le grand écrivain russe décrit à merveille le côté sombre de l’humanité. Mais pas seulement.

Fiodor Dostoïevski, le grand maître de littérature russe du 19e siècle, connu aussi pour avoir écrit « Les frères Karamazov » décrit ici la vie de Raskolnikov, un étudiant de Saint Petersbourg qui s’enfonce financièrement et a de plus en plus de mal à payer son loyer. Il décide un jour d’assassiner sa propriétaire et s’enfonce vers un état mental toujours plus noir.

Ce livre, l’un des chefs-d’oeuvre du cinquième art, est un roman psychologique qui amène le lecteur a se mettre dans la peau du personnage principal. Raskolnikov, vingt-trois ans, se prend pour un héros en mettant fin à la vie de sa propriétaire, une prêteuse sur gages fréquentée par de nombreuses personnes en difficulté financière. Le meurtrier nous partage toutes ces pensées et sa vision du monde. Il considère l’humanité composée de deux sortes d’hommes: les surhommes tels Napoléon, Newton ou Kepler et les autres. Pour lui, les surhommes ont le droit de commettre des actes qui peuvent paraître cruels si c’est finalement pour faire le bien.

Au-delà de cet aspect moral qui est mis à l’épreuve, nous sommes également plongés tout au long du livre dans la tête du meurtrier. Il devient paranoïa et se torture mentalement pour finir se rendre compte qu’il n’est qu’un homme comme les autres et qu’il n’est pas capable de vivre avec le poids de cet assassinat.

Il rencontre également sa famille, sa mère et sa sœur qui essaient de lui venir en aide lorsqu’il est en manque d’argent ou lorsqu’il devient malade physiquement. La vie du quartier est également retracée, comme l’histoire de cette pauvre famille avec leurs enfants composée d’un homme alcoolique et d’une fille qui se prostitue.

Il est difficile finalement de juger les personnages, tout est décrit de manière froide et nue. Mais en même temps, l’histoire décrit aussi une humanité compatissante, où l’amitié joue un rôle important et où le sens de la famille a une position tout aussi primordiale. Dostoïevski peint encore une époque où l’honneur de la communauté existe encore.

Voici pour finir ici un extrait qui m’a particulièrement touché. Il décrit une scène de famille au moment où un homme complètement détruit par la vie, décide de recueillir une femme avec ses enfants, mais tombe lui-même dans le fond de la pauvreté et dans la boisson.

— Ah ! cria-t-elle hors d’elle. Il est revenu ! Bagnard ! Monstre !… Où est l’argent ? Qu’as-tu dans ta poche, fais voir ! Et les vêtements qui ne sont pas les tiens ! Où sont tes vêtements ? Où est l’argent ? Parle !…
Et elle se jeta sur lui pour le fouiller. Docilement et avec soumission, Marmeladov écarta aussitôt les bras pour lui faciliter la besogne. Il n’y avait pas un sou.
— Où est donc l’argent ? criait-elle. Ô Seigneur, est-il possible qu’il ait tout bu ! Il restait pourtant douze roubles dans la malle !
Et soudain, saisie de fureur, elle l’empoigna par les cheveux et le traîna dans la pièce. Marmeladov lui facilitait ses efforts, rampant humblement à genoux derrière elle.
— Cela est pour moi une délectation ! Cela ne me fait pas souffrir, non, cela m’est une dé-lec-ta-tion, Monsieur ! s’exclamait-il secoué par les cheveux ; il se cogna même une fois la tête contre le parquet
L’enfant qui dormait par terre se réveilla et fondit en larmes. N’y tenant plus, le petit garçon dans son coin se mit à trembler, à crier et, pris d’épouvante, se précipita vers sa sœur, presque au bord d’une crise de nerfs. L’aînée tremblait comme une feuille.

— Il l’a bu ! Il a tout bu, tout, criait la pauvre femme avec désespoir.

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