Épicure, la sagesse des plaisirs

On croit souvent que la vie d’Épicure était remplie d’orgies et de buffets sans limites. Pourtant, il s’agit d’une tout autre vérité.

Ces notes sont tirées du magazine hors-série Le Monde dédié à Épicure, Malesherbes Publications, Paris, 2014.

Cette lecture complète mes deux premiers articles Épicure, du pain et des olives et L’Épicurisme : le père du Minimalisme.

L’importance des sens

Pour Épicure, le savoir n’a de valeur que s’il a des répercussions pratiques et positives sur nos vies. Les connaissances doivent avant tout servir à nous affranchir de la crainte des dieux, de la peur, de la mort, de la douleur.

Dans l’épicurisme comme pour les cyrénaïques, toute connaissance véritable provient des sens. Aristippe de Cyrène affirme même que les gratifications corporelles sont préférables à celle de l’esprit.

Épicure accorde une attention particulière à la connaissance sensible, celle qu’on acquiert à travers les sens. Pour lui, la perception est le seul critère valable de vérité.

Tetrapharmakon

Le quadruple remède d’Épicure (tetrapharmakon) : il ne faut craindre ni les dieux ni le destin ; il ne faut pas se préoccuper de la mort ; le bonheur est facile à atteindre ; la douleur est facile à supporter.

La plupart des personnes craignent la mort et voudraient avoir plus de temps pour mener à bien certaines choses. La philosophie d’Épicure enseigne que l’existence n’est jamais parfaitement accomplie. C’est parce que la vie est limitée qu’on peut apprécier ses bons aspects.

Désirer des choses superflues nous distrait de ce qui est réellement important. À trop aimer ce qui n’est pas nécessaire, on devient esclave de l’accessoire et on perd la direction de sa propre vie.

Le plaisir contrôlé

Concernant les plaisirs, Épicure a toujours recommandé la tempérance, en privilégiant les plaisirs de l’intellect et l’amitié. Le plaisir doit être compris comme un comportement plein de sagesse qui préserve la santé du corps et de l’esprit par la philosophie. Même si la nourriture, le sexe ou la boisson sont des plaisirs agréables, ils ne mènent à une vie heureuse. Pour que le plaisir soit réellement bon, il doit être modéré, contrôlé et rationnel. Il existe une relation entre plaisir et souffrance. On ne peut comprendre le plaisir si l’on ne ressent pas la douleur, comme on ne peut pas apprécier complètement un banquet si l’on n’a pas ressenti à un moment ou à un autre la faim.

“Le plaisir est le commencement et la fin d’une vie heureuse”

Dans le langage courant, le mot « épicurien » signifie amateur des plaisirs des sens et de la bonne chère. Or, il n’y a rien de tel à l’origine. La philosophie du sage a été la plus déformée et décriée dans l’histoire, sans doute car Épicure était un homme libre et un penseur libre.

Selon la doctrine épicurienne, le désir humain fondamental est de trouver le bien-être. Pour y parvenir, il faut être constamment à l’écoute de la nature et disposé à faire la distinction entre ce qui convient à l’esprit et au corps et ce qui leur est nuisible. Les vices ne sont rien d’autre que le désir d’une vie infinie. Épicure considère même qu’il est préférable d’être malheureux en usant de raison que d’être heureux avec déraison. Pour lui, les plaisirs de l’âme sont supérieurs à ceux du corps.

Les amis d’abord

Pour Épicure, l’amitié est indissolublement liée au bonheur. Il ne s’agit pas simplement d’avoir des amis et des amies, de converser et de s’instruire avec eux ou de profiter de leur compagnie. Il faut vivre avec eux. C’est d’ailleurs ce qu’il faisait dans son domaine appelé “le Jardin”.

La femme avait aussi une place importante. L’une d’entre elles, une certaine Léonce est même devenue directrice du jardin alors qu’elle était une hétaïre. Les hétaïres étaient des courtisanes, considérées comme des objets du désir.

Pour vivre sagement, il ne suffit pas de lire les arguments philosophiques. Il faut aussi les suivre et les répéter assidûment. C’est dans le contact avec les autres que réside le bonheur. Épicure avait aussi un sens de l’humour tout à la fois sarcastique et prévenant. Il conseille de ne pas prêter d’argent à ses amis en disant « Si tu veux t’enrichir, n’augmente pas tes ressources, mais diminue tes désirs ».

Le sage se réjouit pour ses amis et souffre avec eux, mais il ne se plaint pas lorsque l’un d’entre eux meurt parce qu’il en garde le souvenir à jamais. Il dit aussi que les amis doivent pratiquer la parrhésia (le franc-parler)

“Le philosophe est défini comme celui qui mène une existence bonne, heureuse et équilibrée, et qui parvient à surmonter les épreuves de la vie en s’aidant de la raison.”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  −  1  =  1