J’aime le Corona – J2 Champagne!

7h49. Je suis couché sur mon lit sous la couette. On est samedi et j’ai le soleil qui tape dans les yeux. Je commence à tousser. Et là je me dis que ça y est, je suis infecté. Merde.

Je commence à psychoter aussi. Non, Gabriel, résiste, ne deviens pas comme eux. De toute manière, je n’ai pas de fièvre, ce n’est pas possible, pas encore.

Je prends mon petit-déjeuner et je lis un article dans le journal. Le titre indique “Les accidents de la route font plus de victimes que le Corona. 612 morts en 2019, soit 12 par semaine.”.

Je sors faire des courses au magasin. Quand j’arrive dans la rue, il fait calme. Le soleil brille et les oiseaux chantent comme s’ils se moquaient de nous et de notre stupidité. Il y a plus de tués sur la route qu’à cause du Corona. Et pourtant, pour la route, on a trouvé le vaccin: le bus. Mais personne ne prend le bus parce qu’on est tous trop cons.

C’est pareil pour le Corona. Le vaccin est déjà devant nous depuis des années: un rythme naturel. Mais on veut toutes et tous aller toujours plus vite, toujours plus loin, et avoir toujours plus. Et la nature reprend toujours ses droits à un moment donné. Peu importe, si c’est l’homme qui a créé cette cochonnerie ou pas, l’équilibre réapparaît toujours à un moment donné.

Je marche dans la rue et j’arrive devant le Delhaize. Il est 9h30 et je me dis qu’il doit sûrement faire calme dans le magasin. Et pourtant, il y a déjà des dizaines de clients, tous des pensionnés forcément. Je déteste les vieux. Au rayon des pâtes, il y a une affiche “Chers clients, le nombre d’articles est limité à cinq par personne. Veuillez nous en excuser.” Je ne trouve pas qu’il faut s’excuser parce que les gens sont stupides. Ils se préparent comme pour la troisième guerre mondiale, comme pour la fin du monde. Alors, je continue mes achats et j’arrive au rayon des vins et des spiritueux. J’ai envie de prendre une bouteille de mousseux et trinquer à la fin du monde. Et c’est ce que je vais faire d’ailleurs.

Le rayon des papiers toilettes est vide de chez vide. Je ne comprends pas comment on peut considérer cet article comme élémentaire. Chez moi, ça fait au moins cinq ans que je n’en ai pas acheté. Je regarde les rayons et je commence à sourire tout seul. Tout à coup, quelqu’un m’appelle.

“Gabriel? C’est bien toi? Whaa ça fait des années!”

“Maria?”. La fille avec qui je suis sorti en rhéto il y a dix ans. Toujours ce même sourire et ce même physique d’Italienne qui faisait rêver tous les garçons de l’école.

“J’ai appris que tu es revenu en Belgique. Comment c’était ton voyage?”

Je n’avais pas envie de lui raconter tout ce que j’ai fait. Je n’avais pas envie de lui dire qui j’étais vraiment. En fait, je n’avais pas envie de parler tout court. Je n’avais qu’une seule envie.

“Ça te dit d’ouvrir une bouteille de champagne chez moi maintenant?” Je lui demande.

Je pense à Samantha. On s’était promis la fidélité. Et puis je pense à l’Italie et à la fin du monde.

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