L’esclavage, de l’Antiquité à nos jours – Mathilde Giard

Saviez-vous que les blancs étaient aussi des esclaves ou que cette pratique existe même encore de nos jours?

Quand on pense à esclavage, nous pensons souvent à la traite occidentale. Mais la politique, les médias, la culture et le système scolaire oublient bien trop souvent de remettre les faits dans le contexte ainsi que de parler des autres points historiques tout aussi importants. Le livre de Mathilde Giard, journaliste française, récite les différentes étapes de l’esclavage dans l’histoire de l’humanité. En voici le résumé de son livre (2007, éditions Flammarion).

1. Les esclaves dans l’Antiquité

Un esclave est une personne privée de tout droit comme la liberté. Il est traité comme un objet que l’on peut vendre ou acheter.

Les premiers esclaves étaient bien souvent des locaux ou des personnes asservies suite à des guerres entre tribus. La première image de l’esclavage date de 5000 av. J.-C. au temps des Sumériens. À Babylone, les esclaves étaient une minorité et avaient le droit de protester lors d’une vente ou de racheter sa liberté. Dans l’histoire, les esclaves ont été utilisés pour la construction des pyramides d’Égypte, pour la Grande Muraille de Chine ou pour les temples mayas.

La Grèce

Même en Grèce, à Athènes, le berceau de la démocratie, près d’un habitant sur deux était esclave.

« Il y a par nature des hommes qui sont libres et d’autres qui sont esclaves » – Aristote

Les premiers esclaves grecs étaient donc eux-mêmes d’origine grecque. Plus tard, ils se sont approvisionnés dans les Balkans, l’Asie Mineure ou le Proche Orient. Ils travaillaient soit dans le privé comme dans des boutiques, de l’artisanat, la fabrication de meubles ou le poste de banquier. Ou ils pouvaient aussi être dans des fonctions publiques comme employés de bureau, gardiens de prison ou policiers.

À Athènes, il y avait les esclaves, les métèques (les étrangers domiciliés) et les Athéniens. Quand on parlait de démocratie, on oublie bien souvent que cela ne concernait que les citoyens athéniens.

Rome

À Rome, le nombre d’esclaves a augmenté. Le maître a droit de vie et de mort sur son esclave. Les Saturnales étaient une fête annuelle où les rôles s’inversaient, le maître devient esclave et doit alors le servir.

Les esclaves sont alors cuisiniers, musiciens, comptables, pédagogues, gladiateurs. Ils se révoltent parfois, comme le célèbre Spartacus. Avec le temps, les conditions s’améliorent et le nombre d’affranchis augmente.

2. Esclavage et servage

Au 7e siècle apr. J.-C., le servage remplace l’esclavage dans le milieu de l’agriculture. L’Église interdit l’esclavage pour tous les chrétiens. Dans le servage, la personne doit travailler gratuitement pour son seigneur en échange d’une terre et de sa protection, mais il a le droit de fonder une famille et de posséder des biens.

L’Europe achète des esclaves non chrétiens aux Turcs, aux Russes, aux Balkans, aux esclavons (ancien nom de la Slovénie qui donnera le nom à esclave), aux Bulgares et aux Arméniens.

En 1315, Louis X le Hulin abolit l’esclavage en France (franc signifiant libre, hardi, du germanique Frekki)

En 700, les musulmans envahissent l’Espagne, les prisonniers deviennent esclaves. Les Vikings et les Barbares de l’Afrique du Nord réduisent en esclavage plus d’un million d’Européens. En 1627, les frères turcs Barberousse traumatisent l’Italie avec « la mer de la peur ».

3. L’Afrique et la traite interne

Existante depuis au moins 3500 av. JC, la traite interne en Afrique représente une partie importante et méconnue de l’Histoire de l’esclavage avec environ 14 millions d’Africains esclaves. Cette pratique fait partie des coutumes. Ce sont les Africains eux-mêmes qui traitent avec les Occidentaux au 17e siècle, 2% seulement sont kidnappés par les négriers européens.

Les Rois africains échangent des hommes contre des fusils pour asseoir leur pouvoir dans le pays. En 1850, ce sera la fin de l’esclavage par l’Europe et ses pays conquis.

4. La traite orientale

Elle débute en 652, 20 ans après la mort de Mahomet et se déroule suite à la conquête du général Abdallah Ben Sayd. Cette traite fait plus de 17 millions de victimes.

L’empire musulman s’étend sur trois continents, dont l’Espagne, la Chine et l’Afrique du Nord. Ils sont les premiers dans l’esclavage des Noirs avec un regain d’ampleur au 19e siècle. L’île de Zanzibar devient d’ailleurs un lieu stratégique important.

5. La traite occidentale

Elle se déroule entre le 15e et le 19e siècle, touche 11 millions de personnes et a débuté par les Portugais. Au 15e siècle, les conquistadores ont besoin de main d’œuvre pour l’Amérique. Ils utilisent d’abord les Indiens, mais ces derniers meurent d’épuisement ou de maladies importées par les Européens.

Le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique a ensuite lieu par bateaux. L’exploitation de la canne à sucre en Amérique est l’un des moteurs essentiels de cette traite. L’Europe échange des fusils contre des esclaves aux Africains, les esclaves sont envoyés par bateaux en Amérique, ils cultivent la canne à sucre qui est ensuite renvoyée en Europe par bateaux, d’où le nom de commerce triangulaire.

6. L’abolition de l’esclavage

En 1777, Vermont devient le premier lieu de l’abolition de l’esclavage. En 1803, le Danemark renonce officiellement à la traite et devient le premier pays européen suivi de la Grande-Bretagne. La France adoptera l’abolition en deux temps en passant par une reprise sous Napoléon. Esclavage devient interdit en 1815 par le traité de Vienne, même s’il continue illégalement.

7. À contre-courant: les États-Unis, le Brésil, la Russie

1808 aux USA, c’est l’interdiction de la traite, mais le maintien de l’esclavage. Le pays est alors divisé en deux, ceux qui veulent le maintenir (le sud) et ceux qui veulent l’abolition complète (le nord). En 1820, les esclaves représentent un tiers de la population. Une traite interne a eu lieu tel un marché de chevaux de race.

En 1860, c’est la guerre de Sécession entre le nord et le sud des États-Unis. Le nord industriel voit le sud comme un concurrent déloyal avec sa main-d’œuvre gratuite. Après 600 000 morts, l’esclavage est aboli totalement en 1865. La ségrégation se poursuit toutefois jusqu’en 1965, il s’agit d’une séparation imposée entre les noirs et les blancs.

En Russie, les conditions du servage s’empirent entre le 17e et le 18e siècle. Le poète russe Popougaïev appelle les serfs les « nègres blancs ».

8. Survivance de l’esclavage traditionnel

L’Arabie saoudite interdit l’esclavage en 1962 et la Mauritanie, le dernier pays, en 1980. Jusqu’en 2002, le Soudan pratiquait encore l’esclavage par les musulmans. Aujourd’hui, on estime encore 40 000 esclaves au Niger. La servitude existe toujours en Inde avec près de 10 millions, au Bangladesh, Népal, Pakistan, Brésil.

9. Esclavage moderne dans les pays pauvres

200 millions d’esclaves modernes sont estimés dans le monde: travail forcé, exploitation des enfants, mariages précoces. Aux Antilles sont exploités des travailleurs d’Inde, de Chine ou de Malaisie.

12 millions de personnes sont victimes de travail forcé dans le monde à l’ère de la mondialisation. Selon l’organisation interne du travail, 218 millions d’enfants entre 5 et 17 ans travaillent dont 126 millions dans des conditions dangereuses: mines, briques lourdes, produits chimiques.

Selon Unicef, 200 000 enfants par année sont victimes de la nouvelle traite en Afrique. 300 000 enfants soldats sont estimés dans le monde en Afrique, Colombie, Asie, Birmanie, Philippines, Sri Lanka ou Palestine.

10. L’esclavage moderne dans les pays riches

La confiscation d’un passeport remplace les chaînes des esclaves. Des personnes originaires de pays en voie de développement sont réduites en esclavage pour des tâches ménagères en Belgique, France ou Suisse. Ce sont souvent des femmes de moins de 18 ans et asservies bien souvent par des employeurs issus du même pays que leurs victimes.

En Europe, 2,5 millions d’enfants travaillent pour une misère et 270 000 femmes sont victimes d’exploitation sexuelle.

En conclusion

L’esclavage fait partie de l’histoire de l’humanité. Toutes les civilisations et à toute les époques, des personnes ont été asservies. À l’échelle individuelle, il est possible de luter contre cela en consommant et en veillant que ce qui a été produit ait été réalisé dans de bonnes conditions. À nouveau, la consommation locale est sûrement la meilleure des solutions.

La globalisation et la concurrence économique ne font hélas qu’empirer la situation et la rendent plus opaque.

Enfin, surtout pour les Européens, je trouve qu’il est important de mettre son histoire en perspective avec l’histoire complète de l’humanité et des autres civilisations. Cela n’empêche pas le caractère horrible des événements passés, mais cela est injuste de faire culpabiliser davantage les Occidentaux et pour des faits que notre génération n’a pas commis ainsi que de viser une certaine frange de l’esclavage et d’oublier que les Européens aussi et d’autres peuples ont été aussi mis en servitude.

Plutôt que de continuer à se quereller, essayons de ralentir notre rythme de consommation, produire localement et d’accepter qui nous sommes.

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