Rome et Athènes, que nous ont-elles transmis?

Voici deux des plus grandes civilisations au monde, et le plus beau, c’est qu’elles coulent encore dans nos veines. Mais de quoi s’agit-il exactement?

Ces notes sont tirées du magazine Sciences Humaines – Hors Série « Rome et Athènes, que nous ont-elles transmis? » (2020)

Introduction

Les Grecs nous ont apporté: l’écriture, la monnaie, le système bancaire avec les prêts à intérêts, l’art de bien parler, l’art de faire la guerre, la démocratie, la philosophie, l’histoire, la médecine.

Rome a développé: la République, le fait de vivre avec plusieurs langues et religions, la citoyenneté, l’urbanisme.

La chute de Rome est liée à la décadence, l’immigration, les crises économiques, le changement climatique.

« La guerre est la continuation politique par d’autres moyens » Carl Van Clausewitz, stratège prussien

Les Romains surent stabiliser leur conquête de l’Italie en accordant, fait sans précédent, la nationalité romaine aux peuples vaincus au lieu de les réduire en esclavage.

L’art de vivre dans l’Antiquité

Pythagore est le père de la philosophia, l’amour de la sagesse. Selon lui, l’âme immortelle connaît des existences successives dans des corps différents. Il est volontairement exilé, végétarien, une sorte de maître Yoda qui prétend connaître tous les secrets de l’univers. Il y a ceux qui recherchent la gloire, la richesse et ceux qui contemplent les choses naturelles, les philosophes. Selon lui, dans le monde, tout change et rien ne meurt.
 
La sagesse grecque prône avant tout ordre et mesure. Chaque chose à sa place, et chaque place soigneusement définie. Au fronton du temple d’Apollon était inscrit : Méden agan (rien de trop, la devise de Solon) et Gnôthi Seauton (connais-toi toi-même, la devise de Thalès).
 
Le destin (anauké en grec, fatum chez les Romains) fixe la portion de joies et d’épreuves pour chacun. Pour bien vivre, il faut accepter la mort.

« Carpe diem » n’est pas une invitation au farniente dans un individualisme égoïste. (Je suis totalement d’accord avec cela. De nos jours, de nombreuses personnes croient qu’il s’agit d’un mode de vie axé uniquement sur le plaisir mais pas du tout. Les Grecs ont toujours prôné en même temps les liens entre les autres et la mesure).

« Change d’âme et non de ciel » disait Sénèque à son ami Lucilius qui se plaignait de ne pas avoir trouvé la paix en voyageant. (Nous croyons en effet que l’herbe est plus verte ailleurs mais ce n’est souvent pas le cas. Le voyage n’est pas inutile mais la réponse est souvent plus proche que nous le croyons).

Pythagore a écrit les vers dorés, une sorte de code de bonne conduite.

« Celui qui ne sait se contenter de peu ne sera content de rien » Épicure

Les Grecs et les mythes

Platon a apporté une vérité immobile. Auparavant, la vérité pouvait être ambigüe. Les mythes ne s’embarrassaient pas d’éléments contradictoires. Le mythe est la voie d’accès privilégiée aux valeurs de la société.
Les platoniciens ont dénigré les mythes au profit des vérités immuables, défendant une métaphysique de l’être et de l’identité qui plane encore aujourd’hui sur la pensée occidentale. (C’est d’ailleurs encore cette philosiphie platonicienne qui est présente dans notre société. Niezsche le déplore dans ses écrits et est contre Platon)

Le Grec et le Latin, à quoi servent les Langues anciennes ?

Les langues mortes, bien qu’elles ne soient plus parlées, pourraient être un contre poison pour notre société. D’abord, car elles n’appartiennent à personne, à aucun pouvoir, tout le monde serait égal à ces langues. Ensuite, car elles ont été la condition d’un effort gigantesque dans l’ensemble des pays d’Europe, elles sont à l’origine de nos cultures contemporaines.

Apprendre et enseigner ces langues, c’est rappeler que notre manière de penser est historique. Le langage aujourd’hui est considéré comme un code réglé pour convaincre le plus directe et le plus objectif possible, quitte à préférer un anglais standard. Le culte de l’efficacité devient alors inefficace. La langue doit être porteuse d’une histoire, d’une culture et pas d’une simple pratique.
(Certains universitaires progessistes aux Etats Unis demandent même de supprimer l’apprentissage du grec et du latin pour des questions d’idéologies telle qu’une soi-disant suprématie blanche ou un souvenir de l’esclavage. Or, nous avons plus que besoin de ces langues historiques, riches et qui pourraient encore être plus utiles qu’on ne le pense)

La démocratie

Selon Périclès, un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pas pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile.
Selon Aristote, il existe six types de régimes politiques : la monarchie ou la royauté qui peut dégénérer en tyrannie, l’aristocratie qui peut verser dans l’oligarchie, et la politeai, le régime constitutionnel ou république qui peut tourner en démagogie.

La République romaine

Les initiales SPQR étaient répandues sur le territoire romain. Elles signifiaient «senatus populusque romanus», c’est-à-dire le Sénat et le peuple romain.
Le démos étaient les habitants de la cité. (Patrick Buisson en fait d’ailleurs allusion dans son livre La Cause Du Peuple, 2016)

Gérard Bras disait que la démocratie désigne tout le monde et pas tout le monde, soit l’ensemble des habitants, soit ceux qui sont les moins pourvus.
Selon Thucydide, la guerre du Péloponnèse serait due à l’impérialisme d’Athènes
Elle dure 30 ans et oppose Athènes et Sparte qui finit par l’emporter.

Rome: le militaire au service du pouvoir

Le légionnaire (de « legere » qui signifie choisir) est choisi, sélectionné parmi les meilleurs. Il possède une panoplie lourde avec armement défensif (casque, bouclier, cuirasse) et offensif (glaive, javelot).
En 340, Rome gagne le combat contre les Latins et au lieu de les réduire en esclavage, elle leur accorde la citoyenneté romaine. Contrairement à ce que nous pourrions croire, la plupart des conflits romains sont plus défensifs qu’offensifs. C’est donc en se défendant des attaques que Rome a agrandi son territoire.

Les quatre foyers de la pensée grecque

-600: l’école de Milet, en Ionie (Turquie actuelle): philosophie, histoire, sciences, alphabet, monnaie. Thalès, le fondateur est un savant universel, un mathématicien, un géomètre. Thalès, Anaximandre et Anaximène ont élaboré la philosophie de la nature (physis).
-500: Italie, école de Pythagore où l’on prône la philosophie, la politique et le courage au combat. Il influence Parménide, fondateur de l’École des éléates.
-4e siècle: Platon et Aristote à Athènes. Contrairement à Platon, Aristote ne pense pas qu’il y a une voie royale vers la vérité.
-332: Alexandrie: Eratosthène, Ptolémée.

Médecine: Hyppocrate et Galien

À l’heure du progrès des scanners et des IRM, on oublie que ce que ces auteurs de l’antiquité enseignaient. Selon eux, le corps est composé de quatre humeurs fondamentales (sang, flegme, bile jaune et bile noire) et les individus possèdent des tempéraments différents (à base de chaud, froid, sec ou humide). D’où les expressions comme se faire de la bile, bouillir de colère, voir tout en noir, être mélancolique, avoir du flegme.

Le médecin doit rester conscient de ses limites, et lorsque c’est nécessaire, il doit accepter la décision du malade de s’en remettre aux dieux.

L’interrogatoire au début de toute consultation est au coeur de la relation entre le médecin et son patient. De sa qualité dépend le succès de la guérison. C’est parce qu’il a confiance en son médecin que le malade pourra à a fois accepter des traitements difficiles sans désobéir et surtout tout lui dire sans rien cacher.

“L’excellent médecin est aussi philosophe.” – Galien

L’érotisme Greco-Romain

Ce sont les Grecs qui ont défini les principales normes et représentations dont nous sommes tributaires aujourd’hui dans notre rapport à l’érotique au corps. Les corps, dans l’art grec, ne sont pas traités de la même manière qu’ils soient hommes ou femmes. L’homme parfait est jeune et athlétique, sa nudité est fièrement exhibée. Le gymnase signifie « se déshabiller », c’est le lieu où les hommes doivent se dévêtir.

Les korai (jeunes filles) sont d’abord drapées puis aussi dénudées avec un physique pulpeux: des petits seins, de larges hanches.

Le pénis est synonyme de réussite et de bonheur. La vulve est jugée obscène et toujours lisse sur les statues.

Contrairement à la nudité virile, le physique féminin est érotisé par des accessoires: tuniques tombantes, drapés moulants, bijoux, sandales qui rehaussent le corps.

“Le déshabillage est plus excitant que la nudité.”

La chute de Rome, l’éternel miroir de nos peurs

La chute de Rome est souvent comparée à notre civilisation qui rencontre des symptômes identiques. Bien que certains recensent plusieurs dizaines voir centaines de points qui ont mené Rome vers son déclin, nous allons ici rappeler les phénomènes considérés comme majeurs:

  1. Les invasions barbares, une sorte de « Game of Thrones » que se livraient les armées présentes en Italie pour la prise de Rome.
  2. Le déclin de la force militaire
  3. La décadence des moeurs: la disparition du service militaire, les festins fastueux; les orgies, l’abandon de la discipline. Le christianisme exaltant la tempérance.
  4. Le christianisme a tué l’Empire. André Piganid disait: « La civilisation romaine n’est pas morte de sa belle mort. Elle a été assassinée ». Ceci par la création d’une assistance sociale ou la redistribution des richesses par l’Église.
  5. Collapsus économique: terres laissées en friche faute de main d’oeuvre agricole, chute démographique, travail agricole moins attractif, raréfaction des esclaves, les moralistes chrétiens obsédés par une vie frugale.
  6. La désintégration de l’État.
    Conclusion: la chute est finalement une histoire sans fin parmi les civilisations depuis toute époque. Il vaudrait mieux expliquer la vraie particularité de Rome: son exceptionnelle stabilité qui a duré pus d’un millénaire malgré les changements sociaux, politiques, environnementaux et militaires.

Note personnelle

Rome et Athènes sont définitivement des inspirations pour la compréhension de notre monde moderne et pour la construction du nouveau monde qui pointe le bout de son nez. Mais avant cela, la chute de notre civilisation sera une étape à vivre, que nous le voulions ou non. Et plus vite sera cette chute, moins les conséquences seront grandes.

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