La formation de l'acteur, Constantin Stanislavski

La formation de l’acteur – Constantin Stanislavski

Le livre de chevet pour tous les acteurs. Voici le résumé tiré de mes notes personnelles.

L’activité

L’acteur ne doit pas vouloir impressionner le public.
Toute action de la part de l’acteur doit avoir une justification logique, intérieure et vraie.
Le véritable acteur est celui qui désire créer en lui-même une autre vie plus profonde et plus intéressante que celle qui l’entoure en réalité.
Lorsque vous êtes sur la scène, soyez toujours en action physiquement ou spirituellement.

Quelques exercices proposés en groupe:
– S’asseoir sur une chaise sans rien faire
– Chercher une broche accrochée au rideau. Rajouter le fait d’être expulsé si l’objet n’est pas trouvé.
– Faire une action dans une pièce et avoir un but. Exemple: s’il y avait un fou derrière la porte, s’il y avait un dîner important à préparer.

L’imagination

L’acteur doit intégrer le pouvoir du “et si”: et si c’était vrai, et s’il se passait ceci.

Exercices pour l’imagination:
– Et si tu buvais de l’huile de ricin, et si tu étais assis sur de la braise.
– S’imaginer être autre chose ou quelqu’un. Exemple être un arbre et imaginer l’environnement, le lieu, l’époque, pourquoi est-il là, pourquoi seul, les sons autour de lui, les actions possibles comme une armée avec un château, etc.

La concentration

Pour détourner l’attention de la salle du public, il faut s’intéresser à quelque chose sur la scène comme un objet.
Il faut apprendre à nouveau à regarder et à voir sur la scène.
Un acteur en général doit réapprendre à marcher, voir, toucher, sentir.
Ayez un “objet immédiat” pour permettre de rassembler toute votre attention comme un crayon, une chaise, une allumette.

L’acteur doit avoir un regard sur un objet et le voir vraiment pour attirer l’attention du spectateur, sans avoir un regard vide.

L’acteur ne doit pas avoir de regards vers les distractions (l’orchestre, un ami dans la salle, etc.)

Exercice:
Regarder un objet pendant 30s et ensuite le décrire. La même chose avec 20s puis 2s.

Les champs

Le champ d’attention est celui qui est très proche, presque 30cm de nous. Il permet l’“isolement en public”, il permet d’être seul dans sa coquille.
Le champ moyen, c’est quelques meubles et quelques personnages.
Le grand champ d’attention représente la totalité, le plus loin possible, la limite est l’horizon.

Exercices:
– Au lit, se souvenir de tous les détails de la journée, d’autres choses du passé, le physique de ses amis, etc.
– Choisir un objet, exemple un lustre, se demander si on aime cet objet? S’imaginer son histoire.

La relaxation

Avec des muscles crispés, il est impossible d’exprimer des sentiments ou d’imaginer quelque chose. Il faut détendre ses muscles, aussi pendant les moments d’exaltation.

Exercice:
– Se mettre dans une position et isoler les muscles qui servent vraiment, décontracter ceux qui sont inutiles.

Les séquences et les objectifs

Les séquences sont les différentes grandes parties d’une pièce.

Exemple: Une grande séquence “Je vais chez moi” et d’autres plus petites inclues à l’intérieure comme: Je m’arrête et je regarde une librairie, je me couche, je pense à ma journée.

Lors d’une séquence, chaque personnage doit avoir un objectif qui se compose d’un verbe comme “je désire serrer mon enfant contre moi et ne jamais le laisser partir”.
Un objectif peut être soit physique ou psychologique.

La foi et le sens du vrai

Il y en a deux sortes:
– Celle qui naît de la réalité
– Celle de la scène, tout aussi vraie, qui pourrait arriver, qui naît de l’imagination artistique

Ce qui compte sur scène, c’est la foi dans la réalité intérieure, pas de la réalité matérielle.

En tant qu’acteur, il est important de s’observer, chaque détail d’une action compte. Exemple, si vous quittez votre travail pour aller dans l’autre pièce où votre femme vous appelle pour regarder le bébé prendre son bain, vous ne quitterez pas votre travail d’une traite, encore moins en fumant. Vous fermerez vos dossiers, poserez votre stylo, éteindriez votre cigarette, etc.

Un acteur doit éviter les clichés traditionnels: yeux écarquillés, la tête entre les mains, les doigts dans les cheveux, etc.. Cette attitude n’est pas authentique et était fort utilisée dans le passé.

Si vous ne parvenez pas à croire à une action dans son ensemble, réduisez-la en parcelles de plus en plus petites, jusqu’à ce qu’elle vous devienne accessible.

Pas plus sur le plateau que dans les coulisses, l’acteur ne doit admettre de coupure dans la vie de son personnage.

Pour chaque personnage, il faut lui créer un comportement physique (des actions physiques) et lui donner une âme.

Dans la vie réelle, les grandes émotions ne se manifestent souvent que par un geste très ordinaire, tout simple et naturel. Exemple: la femme d’un malade ne fera pas de bruit autour de lui, lui donnera à boire, prendra sa température.

Le public est le témoin et même le complice involontaire du travail de l’acteur.

La mémoire affective

Ce qui intéresse le spectateur, ce n’est pas tant vos mouvements, c’est ce qui se passe en vous.

Dans n’importe quel rôle, ce sont toujours les mêmes sentiments qui resservent.

Un acteur ne sera jamais capable de bien jouer les rôles pour lesquels il ne possède pas les sentiments requis.

L’être humain possède en lui tous les éléments de toutes les facultés humaines, du bien comme du mal. Grâce à son art et sa technique, l’acteur découvre les traits qu’il devra développer dans son personnage.

Ne partez jamais du résultat. Il apparaitra de lui-même en temps voulu, comme l’aboutissement logique de ce qui a eu lieu auparavant.

Pour interpréter une grande variété de personnages, l’acteur doit mener une vie intense, belle, intéressante et variée.

Le contact

Les yeux sont le miroir de l’âme. Un acteur doit exprimer en permanence dans son regard la profondeur de son esprit. Il faut rester en contact en permanence avec la scène et avec ses partenaires, même pendant les silences.

L’irradiation est l’impression d’un courant qui émane d’une personne (sympathie, dédain..)

L’acteur doit toujours être prêt “à accrocher” au moyen des yeux, des oreilles et de tous ses sens. C’est la force d’accrochage = la capacité de se concentrer.

Ne vous exercez pas avec un partenaire imaginaire, mais avec quelqu’un de réel.

L’adaptation

Ce sont les moyens physiques et spirituels mis en oeuvre pour s’adapter les uns aux autres dans un jeu très varié de circonstances, et dans le but d’accomplir un objectif précis.

Le but de l’acteur n’est pas d’amuser le public, mais de lui communiquer des sentiments. Lorsqu’on jour, il ne faut pas dire “je veux être sévère, mais en prenant un air sévère, j’atteindrai mon but.

Les moteurs de la vie psychique

Les trois moteurs sont: le sentiment, l’esprit (l’intellect, l’imagination), la volonté. Ils donnent l’impulsion au travail créateur.

La ligne de comportement du personnage

Toute création artistique doit former une ligne continue même si elle comporte nécessairement quelques interruptions, comme dans la vie.

L’acteur doit imaginer la vie du personnage avant et après la scène.

L’état créateur

Tel un musicien, l’acteur doit accorder son instrument intérieur et en vérifier toutes les touches avant la représentation devant le public.

Le super-objectif

C’est ce que cherche l’auteur d’une pièce pendant toute sa vie, le leitmotiv de la plupart de ses œuvres, le lien commun entre toutes les pièces. Cela peut être aussi ce qui a inspiré l’auteur durant l’écriture d’une pièce.

S’il n’y en a pas, l’acteur doit le chercher lui-même, l’accentuer, l’approfondir.