L’abbé Matthieu Raffray décrit dans ce livre une vision peu connue qui est celle du catholicisme traditionnel. Il explique qu’une nouvelle jeunesse se tourne vers la spiritualité et qu’elle a besoin d’une foi plus courageuse, plus solide et plus authentique. Voici mes parties préférées de l’ouvrage.
Introduction
Les hommes ne supportent plus la sainte doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donnent des maîtres en quantité et détournent l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
L’homme moderne prétend être plus rationnel, plus éclairé que ses prédécesseurs. Il a la sacro-sainte science avec lui. Cela ne l’empêche pas de s’illusionner lui-même, de croire à l’argent roi, aux succès médiatiques, à l’homme tout puissant, aux plaisirs faciles, aux promesses d’un bonheur technologique, à la démocratie universelle (..) Qui dira que le roi est nu? Car chacun sait que la réalité est tout autre: les hommes sont au fond d’eux-mêmes désemparés, inquiets, perdus, déboussolés (..)
L’honneur, la foi, la transmission, la fidélité, toutes ces notions qui donnaient un cadre et un objectif aux générations passées sont désormais méprisées, tournées en dérision.
Deux options sont face à nous:
1) Se laisser porter par le courant (..), être mené au gré de ses passions et de ses désirs (..) pour survivre en éternel déçu, zombie triste de ne pas avoir pu prendre sa vie en main.
2) Relever la tête et nager contre le courant. Affronter courageusement les défis de l’avenir en s’accrochant aux certitudes et aux vertus du passé.
(Baptiste Marchais) est convaincu que ceux qui le suivent (sur YouTube) sont repoussés par la mièvrerie et l’esprit Bisounours qui caractérisent trop souvent les discours de l’Église catholique dans les médias. Ils n’ont que faire du dialogue interreligieux et des « parcours de vie », de la tolérance et de l’ouverture aux autres. Tout cela, on leur en a rabâché les oreilles sur les bancs de l’école, à la télévision, dans les cours de civisme obligatoires et jusque dans les publicités. Ils cherchent autre chose: ils veulent qu’on leur parle des moines soldats, des missionnaires conquérants, des martyrs des premiers siècles, de Clovis et de Saint Louis (..) Ils veulent assister à des cérémonies sacrées, parfois grandioses, pour approcher le mystère, le sublime, le divin.
À force de se concentrer sur le migrant, sur l’étranger, sur l’homosexuel ou les divorcés remariés, comme elle se focalisait dans les années 60 sur l’ouvrier marxiste, l’Église semble avoir laissé s’échapper de son troupeau le brave paysan, l’étudiant qui ne demande pas son reste, l’infirmière qui travaille de nuit, les pères et mères de famille qui s’inquiètent pour leur progéniture, toutes les couches de la population qui subissent sans rien dire, les anonymes et les sans-dents, les gilets jaunes et les bonnets rouges, ceux précisément qui peuplaient autrefois en masse les bancs de nos églises le dimanche.
Chapitre 1 Sentinelle de l’invisible
« Faites la guerre, pas l’amour ». Le prix de l’amour de Dieu, c’est donc une guerre, une guerre contre le mal, contre le péché, contre nos vices et nos perversions.
Le prêtre est toujours une sorte de soldat, qui brandit la croix pour terrasser spirituellement les méchants (..) le véritable amour, c’est celui qui est fier et généreux (..) Ce que nous enseignent les prêtres du passé. Les premiers apôtres, infatigables; les moines studieux et les moines bâtisseurs; les missionnaires dévorés par des cannibales; les franciscains pieds nus dans la neige pour secourir les pauvres; les croisés qui abandonnaient leurs terres pour aller défendre d’autres chrétiens dans de lointaines contrées; le prêtre de campagne qui vit modestement au milieu des paysans ses frères.
À propos des religieux qui vivent en monastère
S’il n’y avait plus de religieux pour prier, le monde s’écroulerait encore plus vite qu’aujourd’hui! Il est urgent de retrouver ce sens du silence, de l’inutile, de la régularité et du don de soi. De retrouver la beauté d’une vie de pureté et de méditation, d’une vie « sacrifiée » à cause d’un amour insensé aux yeux des hommes, mais qui a une valeur infinie aux yeux de Dieu.
Chapitre 2 A contre courant
Il existe une preuve mathématique de l’existence de Dieu: les Méditations métaphysiques de René Descartes. Mais cette recherche de Dieu de manière intellectuelle est insuffisante, il est difficile d’aimer un théorème mathématique.
Chapitre 3 Face au chaos, la foi
Le monde nouveau (après Mai 68) qui naissait devait aller de pair avec une nouvelle religion: plus de dogmes ni de morales, mais une religion adulte, enfin libérée des obscurantismes, enfin centrée sur l’individu et sur l’exaltation de sa liberté. Un monde merveilleux, en quelque sorte, où tout irait mieux et où tout le monde serait enfin libre et éduqué, responsable et spirituel. Le monde des Bisounours.
À propos de la vérité
La vérité est l’adéquation entre l’intelligence et la réalité. Quelqu’un qui refuse la notion de vérité vit soit sous la tyrannie des idéologies, qui sont des constructions théoriques détachées du réel; soit sous la tyrannie des sentiments, qui sont impuissants à saisir pleinement le réel, à comprendre le monde tel qu’il est.
Comme l’a dit un ami dominicain de façon amusée, quand on est à une soirée mondaine, on reconnaît immédiatement le catholique: c’est celui qui est d’accord avec tout le monde, qui n’a d’avis sur rien et qui conclut toute une discussion par un mot sur la tolérance.
« La vérité vous rendra libre (Jean 8, 32) »
Chapitre 4 Les désillusions du progrès
C’est le mécanisme même de l’addiction ou de la machine à sous: on espère toujours que le prochain clic comblera notre attente, mais on ne sait même plus ce que l’on était venu chercher. Il n’y a donc plus aucun désir à satisfaire, mais le désir est devenu infini, insatiable, impossible à assouvir.
L’universalisme chrétien est surnaturel, il ne vise aucunement le nivellement temporel, l’égalitarisme, l’uniformisation (..) Le christianisme n’impose pas un mode de vie unique, standardisé, faisant fi des cultures et des héritages spécifiques des peuples.
À propos du modernisme
En quoi consiste cette évolution délétère de la foi? À transformer le message du Christ en une construction de l’esprit humain – et non pas une révélation divine objective – qui viserait seulement à rendre l’homme plus humain.
À propos de la liturgie
Ce qui compte, c’est de s’unir au mystère, de prier intérieurement, avec les mots de son cœur, en union avec ce qui se déroule sur l’autel, qui nous dépasse et nous dépassera toujours (..) Devant la grandeur du mystère, nous sommes toujours des ignorants.
Chapitre 5 Transmettre ce que j’ai reçu
À propos de Vatican II
Dans les années 60, de nombreux évêques emportés par l’esprit de leur temps (l’après-guerre, Mai 68, les Trente Glorieuses) sont tombés dans l’illusion que l’humanité avait changé, qu’elle était plus « mature« , enfin adulte, libérée de ses errements et de ses superstitions du passé. (..) L’Église voulait offrir au monde un visage plus aimable, plus attirant, plus accessible (..) Mais l’Église, c’est d’abord un héritage, des générations de croyants qui nous ont précédés, et qui elles-mêmes avaient su être fidèles à l’héritage reçu à travers une longue Tradition (du latin tradere, par exemple). (..) avec cette modernisation de l’Église, elle ne transmettra que ses propres convictions et coupera les générations futures de la véritable tradition, c’est à dire de la garantie que l’enseignement qu’elle porte est bien celui qui nous a été révélé par Jésus Christ.
Le cœur des débats se trouve au point de vue de la liturgie tout d’abord. La liturgie est l’ensemble des rites: les gestes, les paroles, les objets, les lieux, les personnes qui entourent la célébration du mystère. Dans la messe traditionnelle, tout cela est codé (..) il n’y a aucune place pour l’improvisation ni pour l’originalité: toutes les messes traditionnelles sont absolument identiques d’un bout à l’autre.
La liturgie est devenue un terrain d’expérimentation qui frôle souvent l’absurde et le ridicule (..) si le mystère est bien présent, avec sa valeur inestimable, l’écrin dans lequel il est présenté est souvent réduit à une bien piètre mise en scène. Comme si l’on présentait un diamant dans un sac plastique.
C’est un chemin difficile que celui du Ciel, il exige beaucoup et en premier lieu d’avoir la ferme volonté de se réformer, de lutter contre le péché et de rechercher le Bien. Malheureusement, beaucoup de prêtres oublient cette dimension de « combat » dans la vie chrétienne. Ils se fourvoient en réduisant la foi à un catholicisme mièvre, insipide, émasculé, et, en cela, ils se font trop souvent complices du Mal.
« La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien » – Edmund Burke
Chapitre 6 Des hommes debout
À propos de la fausse tolérance
(lorsque Jésus est arrêté par des Romains), il ne dit pas du tout: « vous avez raison de me taper dessus, parce que j’ai eu tort dans le passé, je n’aurais pas dû parler comme ça, je vous ai peut-être blessé donc je suis coupable ». Il ne fait jamais repentance de ce qu’il a fait ou dit! Aujourd’hui, au contraire, sont prônées une fausse humilité, une fausse vision de la Miséricorde, qui détruisent le véritable message du Christ.
Le catholique est devenu celui qui devrait être d’accord avec tout le monde, qui ne devrait pas avoir de point de vue, qui devrait accepter tout ce qui est faux, tout ce qui est mal, dans l’indifférence, sous prétexte d’une fausse tolérance.
À propos de la violence
Je ne verserai pas dans la propagande ambiante qui répète que la violence est inacceptable dans tous les cas? Cette démission est un abandon des plus faibles face aux plus forts, et donc aucunement une vision chrétienne de la violence. Affirmons-le: la violence est dans un certain nombre de cas pleinement légitime. Il faut savoir être violent contre les méchants lorsqu’ils s’attaquent aux innocents, violent contre ceux qui humilient les autres, violent contre les criminels, les violeurs et j’en passe, sans quoi nous nous faisons complices du mal.
Chapitre 7 Demain la chrétienté
À propos de l’Église qui s’est désintéressée du Français moyen, du Français « de souche » pour courir vers d’hypothétiques « périphéries »(..)
Il suffit de lire les bulletins paroissiaux (..) L’Église de France se concentrait sur l' »accueil de l’Autre », en l’espèce l’accueil de celui qui est le plus lointain, le plus différent. Le prochain, celui dont le Christ nous fait un commandement d’amour, semble avoir disparu.
« Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre, on y adorera les bêtes » Saint-Curé d’Ars
À propos de la République française
Elle est née du meurtre du père, au sens symbolique le plus élevé. L’exécution du roi de France concorda avec le projet révolutionnaire de mettre à mort Dieu lui-même. L’idéal républicain « Liberté, égalité, fraternité », a remplacé le triptyque des vertus chrétiennes « Foi, espérance, charité ».
Chapitre 8 Bâtir des citadelles
À propos de la famille et le fait d’avoir des enfants
(Dans la famille) on y grandit dans la dialectique de l’exigence du père et de l’amour de la mère. On veut prouver sa valeur à l’un, et ne jamais décevoir l’autre. Sans compter sur les frottements avec ses frères et sœurs, qui permettent de découvrir ses limites, de composer avec des caractères différents, voire opposés, d’apprendre à être soi sans nier ce que sont les autres. La famille est le lieu idéal pour apprendre à tenir sa place dans une communauté plus large. à jouer son rôle de maillon dans une chaîne qui nous dépasse infiniment.
Chapitre 9 Impasse virtuelle.. et retour au réel
Si Chat GPT nous impressionne tant par sa capacité à puiser dans des corpus très nombreux et à formuler ses réponses de façon très cohérente, il est temps de s’interroger sur ce qui fait l’intelligence humaine. Peut-être nous sentons-nous d’autant plus menacés, dépassés par la machine.. Que nous sommes devenus moins humains? Que nous nous sommes mécanisés, abêtis, standardisés pour mieux correspondre à ce que le système technicien attendait de nous?
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Quelques autres citations
« On asservit les peuples plus facilement avec la pornographie qu’avec des miradors » – Alexandre Soljenitsyne
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« Tu ne tueras pas l’innocent ni le juste » (Ex 23, 7)
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« On ne meurt et on ne souffre pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, et peut-être même les uns à la place des autres » – Bernanos
