Votre téléphone est une machine à sous – Par Maxime

Maxime tient le blog minimalismedigital.fr et nous fait le plaisir de partager son analyse sur le digital et sa dépendance.


Qui suis-je

Je m’appelle Maxime. J’ai découvert et je pratique le minimalisme depuis bientôt un an.
Le minimalisme digital a été pour moi la solution à un stress constant et à une anxiété de plus en plus présente.
Cela m’a permis de libérer de l’espace mental, de me recentrer et d’arriver à retrouver un équilibre. J’ai récemment lancé un site internet sur lequel je parle de cet aspect du minimalisme.

Votre téléphone est une machine à sous.

C’est ce qu’affirme Tristan Harris, un ancien ingénieur de Google dans une interview donnée pour la télévision américaine. Dans cette interview, Harris nous explique les différentes techniques utilisées par les géants du numérique dans le but de prolonger notre utilisation de leurs produits et applications.

Ces compagnies programment des applications. Mais elles étudient surtout et programment l’utilisateur.
Nous pensons utiliser notre téléphone et ordinateur comme nous le souhaitons. Ce n’est pas le cas.

Combien vaut votre temps ?

La référence aux machines à sous de Harris n’est pas anodine.

Les mécanismes utilisés afin d’augmenter le temps passé sur nos écrans sont extrêmement addictifs, et peuvent être comparés au mécanisme scotchant un joueur sur une machine à sous.

Avant de continuer, il est important de définir ce qu’est une addiction :

L’addiction se définit comme la dépendance d’une personne à une substance ou une activité génératrice de plaisir dont elle ne peut plus se passer en dépit de sa propre volonté.

Nous avons pendant longtemps associé l’addiction à la prise de substance psychoactive qui modifierait l’activité mentale et comportementale d’un individu.
Cependant, ces dernières années nous ont montré que certains comportements n’incluant pas l’ingestion de substances pouvaient devenir addictifs dans le sens défini ci-dessus.

Les addictions aux jeux d’argent et aux paris sportifs sont deux exemples de comportement addictif bien défini.

Il est important de modérer mes propos. Une personne présentant un comportement addictif à une certaine technologie ne présentera pas un manque aussi intense que celui d’un ancien fumeur en sevrage de nicotine.
Ceci étant dit, avoir une application active dans votre poche rend le désir de déverrouiller votre téléphone plusieurs fois par jour irrésistible.

Ces mécanismes addictifs ne sont pas des conséquences ou des accidents, mais des fonctionnalités bien étudiées par les géants technologiques.

Quels sont les mécanismes responsables de l’addiction ?

Pour comprendre le besoin urgent de regarder notre téléphone et l’utilisation malsaine que nous en avons, il est important de comprendre deux points.

Le renforcement positif intermittent :

Durant les années 1970 et grâce à l’expérience du scientifique Michael Zeiler, nous avons découvert qu’une récompense donnée de manière imprévisible est plus séduisante qu’une récompense donnée selon un schéma connu.

L’imprévisibilité de la récompense se résulte en une quantité de dopamine plus importante délivrée au cerveau. La dopamine étant un neurotransmetteur influant directement sur le comportement et sur le système de récompense/renforcement.

Durant l’expérience originale du scientifique Michael Zeiler, des pigeons devaient taper sur un bouton qui libérait de la nourriture de façon imprévisible.

Nous observons le même schéma depuis l’invention du bouton « J’aime ».
Ce bouton n’est pas seulement un moyen d’interagir avec notre cercle d’amis. Il rend l’expérience de poster sur les réseaux sociaux imprévisible.

Lorsque vous publiez du contenu sur les réseaux, il peut se passer deux choses. Vous obtenez plusieurs « j’aime », des partages ou des retweets. Ou il se peut que votre publication passe inaperçue. Que l’expérience soit agréable ou non n’importe pas. Elle est maintenant imprévisible.

Le renforcement positif intermittent est également la raison pour laquelle nous sentons le besoin de plonger la main dans notre poche afin de vérifier notre téléphone. Comme le disait Tristan Harris, c’est une machine a sous. Ai-je reçu le message que j’attends tant de cette personne, un j’aime sur ma dernière photo ou simplement un texto de SFR pour me vendre un nouveau forfait ?

Le besoin d’approbation sociale :

Le besoin d’approbation sociale est une conséquence directe de l’évolution. À l’époque paléolithique, ce besoin de validation était nécessaire à la survie.
Les compagnies technologiques profitent de ce besoin et désignent leurs applications dans le but de le renforcer.

Le fait d’aimer une publication sur Facebook, une photo sur Instagram nous permet de donner ou de recevoir l’approbation que nous désirons tant. Ne pas avoir cette approbation en revanche créer un sentiment de détresse.

Les compagnies technologiques sont devenues expertes dans le fait d’utiliser ce besoin de validation. Les réseaux sociaux portent une attention particulière à offrir un flux d’informations importantes sur la mesure à laquelle vos amis pensent à vous.

Posons-nous les bonnes questions.

La question que nous devons nous poser n’est pas si oui ou non ces technologies sont utiles, mais de nous rappeler l’utilisation initiale que nous en avions.

Il est important de comprendre les bénéfices que nous apportent ces technologies, mais d’en connaître également les coûts.